Méditation avec Le Traité du Saint-Esprit de Mgr J.Joseph Gaume : 13 octobre 2026
CHAPITRE XXXV.
(SUITE DU PRÉCÉDENT).
Quelques années plus tôt, le voyageur égaré dans cette île n’aurait entendu, à la même heure, que les vociférations des anthropophages, revenant de leurs horribles festins. L’amour filial dont ces chrétiens d’hier sont pénétrés pour NotreSeigneur, renfermé dans le tabernacle, se manifeste hautement lorsqu’il en sort.
« Que vous auriez été édifié, écrit le missionnaire de Futuna, lorsque, dans cette chrétienté naissante, le saint viatique fut porté pour la première fois à un malade ! Pendant que le prêtre marchait à l’ombre des bananiers, des cocotiers et des arbres à pain, de pieux néophytes quittaient leurs cases et venaient, respectueux et recueillis, s’agenouiller dans les endroits où passait le saint Sacrement» (Id., n. 96, p. 369, an. 1844).
Même piété pour tout ce qui tient à la religion. « L’affluence au tribunal de la pénitence est si grande, que, depuis l’enfant qui commence à balbutier, jusqu’au vieillard déjà courbé vers la tombe, tout le monde veut se confesser...
Ils ont un si grand respect pour le tribunal de la pénitence, qu’un jour un père de famille vint en larmes me demander si sa fille, qui avait eu la curiosité d’ouvrir un confessionnal de la vallée, s’était rendue bien coupable» (Id., id.)
Le chrétien qui aime Dieu aime la maison de Dieu, comme un fils aime la maison de son père. A cet amour filial, la vieille Europe fut redevable des magnifiques édifices qui la couvraient comme d’un manteau de gloire.
Chez les peuples nouvellement convertis, le même amour produit des miracles. « Le travail principal, écrit l’apôtre de Mangaréva, celui qui met en mouvement toute la population, est la construction d’une église.
Comme l’île ne fournit pas de pierre, la plupart des pères de famille sont occupés depuis longtemps à exploiter des îlots de rochers, situés à près de cinq lieues en mer.
« Une fois déposées sur le rivage, les pierres sont roulées à force de bras jusque sous la main des ouvriers. Les jeunes gens se partagent les diverses corvées, de manière à ce qu’une peuplade relève l’autre tous les huit jours.
Ceux-ci vont pêcher le corail pour faire de la chaux, ceux-là apportent d’une demi lieue le sable nécessaire. Les femmes ellesmêmes suspendent leurs occupations habituelles, pour aller chercher à la montagne les roseaux destinés à alimenter le feu du four à chaux.
De plus, aidées des petits enfants, elles font, avec les filaments du cocotier, les cordes dont les ouvriers ont besoin.