Méditation avec Le Traité du Saint-Esprit de Mgr J.Joseph Gaume : 16 octobre 2026
CHAPITRE XXXV.
(SUITE DU PRÉCÉDENT).
« Il m’est impossible de donner une idée du respect que l’on a pour nous et des attentions dont nous sommes l’objet. Au moindre mot de notre bouche, vous voyez un empressement universel.
Avons-nous besoin d’aller d’une île à l’autre, des rameurs sont toujours prêts. Si nous leur faisons observer que le voyage leur causera une absence de quelques jours et que nous craignons de les gêner :
« Non, non, répondent-ils, parle, toi, père, et nous ferons. » Cette déférence de nos néophytes est l’effet naturel de l’amour filial, par lequel ils répondent à l’amour vraiment paternel que nous ressentons pour eux» (Annales de la Propag., etc., n. 56, p. 195, an. 1838).
Ces démonstrations ne sont pas de vaines formules. Regardant avec raison le missionnaire comme leur père et leur meilleur ami, les nouveaux chrétiens savent, dans le besoin, s’imposer en sa faveur les plus grands sacrifices.
« Deux missionnaires du Tong-kin se trouvaient réunis dans une maison. La nouvelle en vint aux oreilles des persécuteurs. Aussitôt arrive le maire de la commune, suivi de trois satellites armés de bâtons.
« Qui êtes-vous, dit-il au père Luc qu’il rencontra le premier, sans doute un maître de religion ? » Et, sans faire attention à sa réponse : «Où est le chef des chré tiens ? » demanda-t-il en entrant dans le presbytère pour arrêter le père Thi.
On pressait André Luc de prendre la fuite, mais le saint prêtre, immobile et résigné, se contenta de répondre : « Que la volonté de Dieu soit faite ! S’il leur plaît de m’arrêter, ce sera la seconde fois que je serai captif pour Jésus-Christ. »
« Le maire fit monter les deux confesseurs dans sa barque et les conduisit dans sa demeure. Quelques chrétiens suivaient, en le suppliant de relâcher ses innocents prisonniers.
« J’y consens, leur dit-il, pourvu que vous m’apportiez six barres d’argent. » Aussitôt ces bons néophytes retournent chez eux, vident leur bourse, empruntent à leurs voisins et reviennent avec tout ce qu’ils ont pu recueillir, soixante ligatures et trois grandes marmites, qui valaient à peu près les deux tiers de la somme exigée.
« Voilà tout ce que nous possédons, s’écrient-ils, en déposant leur trésor aux pieds du maire ; rendez-nous au moins le père Luc. » Il les rendit tous deux, et nos chrétiens se retirèrent, trop heureux d’avoir sauvé leurs pasteurs au prix de leur fortune» (Annales de la Propag., etc., n. 85, p. 412, an. 1842).